En juillet 2014, l’État annonce vouloir céder jusqu’à 49,99 % du capital afin de réduire son déficit, même si cela ne permet pas de réduire sa dette. La vente est organisée alors qu’Emmanuel Macron est ministre de l’Économie.

La vente

En décembre 2014, le consortium Symbiose, constitué de la société Friedmann Pacific Asset Management (FPAM, société créée pour l’occasion au paradis fiscal des Îles Vierges britanniques), et de l’entreprise d’État chinoise Shandong High Speed Group est retenu par l’État pour le rachat de 49,99 % du capital de l’aéroport pour 308 millions d’euros, une offre préférée aux propositions françaises de Vinci et Aéroports de Paris.

Casil Europe, qui appartient à un consortium chinois qui n’a aucune expérience dans le domaine aéroportuaire est choisie, selon un rapport de la Cour des comptes, sur la base de critères de recevabilité des candidats « peu exigeants et limités à leur capacité financière. » La vente sera officialisée le 17 avril 2015.

aftm.fr

Une entreprise pourtant vertueuse

Malgré les raisons données par le ministre de l’Economie à l’époque, ATB (Aéroport Toulouse-Blagnac) engendrait pas moins de 5 millions d’euros de profit par an, et n’en distribuait que la moitié en dividendes), l’autre moitié servant à financer les investissements. Ce qui avait permis à la société de constituer un fond de réserve qui atteignait 67 millions d’euros en 2015.

Un pillage organisé

Dès 2015, Casil décide de verser 19,9 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires et pour se faire Casil n’a pas hésité à piocher dans le fond de réserve destiné à l’investissement, avec l’accord de l’État français. La même mécanique se reproduira les années suivantes (7,7 millions d’euros de dividendes en 2016, 13,8 millions en 2017). En 2018, Casil souhaite verser en dividendes l’intégralité des bénéfices réalisés sur l’année. Un rapport de l’Assemblée nationale pointe l’absence de « vraie politique de développement de l’aéroport », et une priorité donnée « aux versements de dividendes ».

La Cour des comptes a émis un rapport cinglant sur ces tractations troublantes, disant que « la question des conflits d’intérêts entre conseils doit être anticipée et traitée avec la plus grande fermeté pour limiter les risques contentieux. Il pointe « l’échec de la privatisation ». En 2019, Casil fait part de son intention de revendre toutes ses parts dans ATB pour un montant de 500 millions d’euros.

Une lutte administrative

Le Collectif contre la privatisation de la gestion de l’aéroport de Toulouse-Blagnac (ATB) s’est lancé dans une bataille administrative afin d’annuler cette vente. La Cour administrative d’appel de Paris leur a donne raison.

Elle estime que « le cahier des charges qui avait été établi pour cette opération de privatisation ne pouvait, contrairement à ce qu’avaient estimé les services de l’Etat, être interprété comme permettant qu’un consortium candidat puisse évoluer dans sa composition au cours de cette procédure ». Les juges ont ainsi suivi les préconisations du rapporteur public.

Lors de la procédure d’achat, le consortium chinois s’était dans un premier temps associé à la SNC Lavalin pour présenter son offre. Sauf qu’un mois plus tard, la société canadienne s’était retirée. Cependant la bataille n’est pas terminée car pour annuler la vente il faut que le tribunal de commerce se prononce.

Si les juges du tribunal de commerce venaient à prononcer la nullité de la vente, «Casil devrait alors rendre les 49,99 % d’actions d’ATB ainsi que les 30 millions de dividendes perçus depuis la cession. Quant à l’Etat, il devrait restituer de son côté les 309 millions encaissés pour la cession de ses parts ».

En conclusion

Une privatisation à une entreprise étrangère qui n’a servi à rien hormi engraisser les poches des actionnaires de cette dernière. Aucune amélioration des infrastructures, aucune gestion, évolution… Uniquement un pillage organisé, une procédure administrative pour tenter d’arrêter ce désastre sans fin ! Quatres années de perdues, soit 20 millions de dividendes qui aurait pu servir à améliorer les infrastructures, voir engager du nouveau personnel..

Cette privatisation est le reflet de la dangerosité des privatisations des biens nationaux. En effet, non seulement cela retire de la valeur et des dividendes à la nation, mais de plus rien ne permet d’être certain du futur de ses entreprises. Cela fait des années que les gouvernements répètent à quel point la privatisation c’est nécessaire, utile mais l’exemple de la vente d’ATB prouve bien le contraire. Est-ce l’exemple qui confirme la règle ? Malheureusement non.

On vous parlera des autoroutes dans le prochain numéro et vous pourrez juger par vous-même que les gouvernements successifs ont simplement bradé nos biens nationaux, sans se soucier des répercussions bien souvent catastrophiques que cela pourrait engendrer.