Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un s’exclamer, devant la télévision ou à un repas de famille : «la politique, c’est nul» ; «que des magouilles» ; «la politique, c’est un sujet à éviter» ; «ça ne sert qu’à diviser les gens» ; etc… Les sorties de ce genre sont devenues habituelles chez nombre de Français. Non seulement cela engendre des citoyens enfantins, incapables d’opiner sur les sujets importants de notre société (par refus du débat et de la réflexion, pas par incapacité cérébrale, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), mais il est aussi clair que de tels mots révèlent une nouvelle aversion quasi-systématique envers la politique. Il suffit en fait de se pencher sur ce que veut vraiment dire ce mot, afin de comprendre que son concept intellectuel n’a rien d’aliénant, ni même de fondamentalement mauvais ou malsain. Cette fausse image populaire est en fait liée à une partie des personnes qui s’octroient l’usage de la politique (soit les politiciens, qui eux, de par leur comportement, bien souvent, sont effectivement détestables).

Déconstruction du mot

polit = polis | ique = ikos

              – polis : mot Grec qui signifie «cité».

              – ikos : suffixe d’adjectif.

Signification étymologique : qui concerne la cité (et donc par extension le citoyen).

Le concept de la cité

Impossible de comprendre l’ampleur du terme «politique» sans s‘intéresser à la «polis», soit à la cité (en Français), qui forme l’essence principale de ce mot. Voilà un énième terme qui tire ses origines de l’Antiquité, et plus précisément même de l’inoubliable civilisation Grecque. A cette époque, on appelait «cité» un groupe d’individus organisés (des citoyens) formant une communauté reconnue (délimitée par des règles communes, essentiellement, appelées les lois, ainsi que par un territoire revendiqué).

Si ce mot s’est bel et bien transformé par petites touches au fil des siècles, il a toutefois toujours désigné une «ville» (donc une zone géographique habitée et organisée) et/ou un groupe d’individus qui s’accordent sur des règles de vivre ensemble. C’est de cette définition que découle logiquement la «politique».

Les déformations du temps

Maintenant que la source étymologique de la politique a été mise en lumière, il est temps de se pencher sur les ravages exercés sur son sens par le temps. Et ce n’est en fait qu’autour du XVème siècle que cet adjectif commença à dévier fortement de sa trame native. En effet, on l’employa alors pour qualifier le comportement d’une personne. Par exemple, on disait d’un homme qu’il était politique dans le but de qualifier sa bonne diplomatie et son habileté (verbale). Aujourd’hui, il est clair que le côté mélioratif de cette expression a muté dans nos esprits, en quelque chose de beaucoup plus péjoratif (tendant ainsi vers la manipulation et l’opportunisme).

Et maintenant?

Comme stipulé précédemment, le mot «politique» a été largement entaché par les déboires des politiciens, ou plutôt par leurs incalculables mensonges et autres calculs machiavéliques. En professionnalisant la politique, les citoyens ont fini par assimiler la pratique aux pratiquants, se sortant de ce fait eux-mêmes de la gestion de la cité (puisqu’ils n’ont majoritairement pas choisi ce «métier», ce qui fait non plus de la politique un adjectif, mais un nom commun). Les nouveaux usages populaires de ce terme sont donc très révélateurs de la situation de notre société.

En conclusion, regardons à qui profite cette transformation, en réalité. Car si la plupart des citoyens sont révulsés par la politique, cela veut aussi dire qu’ils laissent les sièges de la «gouvernance» à une poignée de personnes potentiellement mal intentionnées, ou en tout cas intéressées essentiellement par leurs intérêts personnels. Réfléchissons ensemble : qui a vraiment envie de faire partie de «cette bande de pourris»? A part d’autres corrompus (décomplexés ou non d’ailleurs), je ne devine aucun volontaire parmi les gens honnêtes et bien attentionnés…

Alors essayons simplement de ramener la politique plus souvent à son sens originel. A l’heure où la démocratie représentative se révèle comme un système profondément imparfait, et couramment propice aux dérives, c’est un combat essentiel, qui pourrait bien permettre une prise de conscience désormais nécessaire de la population. Oui, la politique est actuellement monopolisée par un noyau de personnes privilégiées loin d’être exemplaires, mais non ce n’est pas une fatalité. Sans oublier que le pouvoir n’a pas à être vampirisé par une poignée de technocrates voraces, puisqu’il appartient en réalité à chaque citoyen de ce pays, du moins en principe.

Sources

http://lettres.tice.ac-orleans-tours.fr/php5/coin_eleve/etymon/hist/politi.htm

https://www.cnrtl.fr/etymologie/politique

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/politique/62189

https://www.pimido.com/philosophie-et-litterature/philosophie-politique/fiche/cite-politiques-aristote-394279.html