Le sujet est brûlant et, il faut croire, éternellement actuel. Bon nombre de citoyens pensent maîtriser ce mot, mais qu’en est-il vraiment?
Les politiciens, eux, en usent et abusent chaque jour. Au bout du compte, on en perd largement la consistance originelle. Depuis 1905 (séparation de l’Église et de l’État en France), à peu près tout et n’importe quoi a été dit sur la laïcité.
Il est ainsi temps, après plus d’un siècle de «pratique», de replacer correctement ce terme dans notre société. Commençons en partant de la base historique, comme il convient toujours de le faire.

Déconstruction du mot

Signification étymologique de laïque : membre de la masse populaire ne faisant pas partie du clergé.

L’opposition au clergé

Durant l’Antiquité tardive (fin du IIIème siècle jusqu’au début du VIIIème), le christianisme s’installe solidement en Europe.
Il faut donc distinguer les «simples fidèles» des véritables membres du clergé (soit les hauts-représentants du culte).

C’est de cette façon que la laïcité est née au cœur de nos anciennes civilisations. A cette époque, il ne s’agissait pas de quelconque séparation des pouvoirs (ni même de liberté de pensée/croyance), mais plutôt de définir deux nouveaux statuts différents et francs entre les individus, à l’intérieur même du territoire chrétien.

Un être laïque s’oppose alors logiquement à un clerc, l’un ne pouvant toutefois pas exister sans l’autre.

Les déformations du temps

Maintenant que la source étymologique de la laïcité a été mise en lumière, il est temps de se pencher sur les ravages exercés sur son sens par le temps.

Et c’est un grand bond dans l’Histoire que nous allons faire, puisque nous allons nous intéresser à celui qui est considéré (du moins par certains) comme «le père de la laïcité moderne» : Roger Williams (théologien né à Londres en 1603).

Aux États-Unis, où il a vécu une grande partie de sa vie, on estime que le pasteur Williams est un des premiers à avoir pensé la neutralité de l’État en matière religieuse. En effet, cet homme de foi déplorait largement la corruption présente au sein des grandes églises.

Il est donc assez logique de le voir rapidement promouvoir la fin de l’autorité cléricale sur les affaires publiques. Ce qui lui a attiré, évidemment, de nombreux problèmes (quand on s’attaque aux puissants…), le forçant souvent à s’enfuir vers des horizons moins tumultueux.

Bref, c’est par la voix et la plume de Williams (entre autres) que la laïcité s’assimila progressivement à la liberté de conscience et de culte. La tolérance des autres croyances (et de la non-croyance, également) émerge petit à petit dans les esprits.

Il est aussi bon de noter, en parallèle, que Roger Williams était, à l’heure du grand colonialisme (soit, par extension, du racisme décomplexé), proche des populations Amérindiennes. Ce détail précis en fait un humaniste courageux, qui n’hésitait pas à se confronter aux mœurs (stupides) de son époque. Inutile de souligner que cette qualité est devenue très rare aujourd’hui…

Et maintenant?

Le concept de laïcité moderne englobe finalement plusieurs libertés individuelles. Or, ce ne fût qu’en 1905, en France, que l’État rejeta l’Église de ses plus hautes sphères de pouvoir.

Cependant, la loi du 9 Décembre 1905 ne parle jamais de laïcité, précisément (contrairement à la Constitution de 1958, qui fait état, elle, d’une «République Française laïque»).
Par contre, on y évoque noir sur blanc la «liberté de conscience», le «libre exercice des cultes», les «édifices servant à l’exercice public du culte», les «associations […] des cultes», ou encore la «police des cultes».

Ce sont des termes bien plus précis, en vérité, qui font que le raccourci vers la laïcité n’est pas tout à fait juste. Il s’agit ni plus ni moins, comme pour le mot «politique » d’ailleurs, d’un énième abus de langage, d’une assimilation relativement biaisée des termes.

Bien entendu, aujourd’hui le rétropédalage paraît totalement impossible. Trop de personnes se sont emparées de la laïcité pour la tordre dans des sens dont elle ne voulait pas.

Trop de discours ce sont portés sur elle, chargeant sur ses frêles épaules des notions très lourdes, et donc des polémiques à n’en plus finir. Ceci dit, nous pouvons également considérer que le devoir du citoyen est de remettre de la justesse dans le débat.

S’il n’est pas possible d’effacer les erreurs du temps, alors nous pouvons toujours les rayer, puis inscrire à la suite ce qui nous semble bien meilleur, plus juste, et infiniment plus sain.