Cette semaine sortait un rapport sur la gestion des ressources humaines du Groupe Public Ferroviaire SNCF. Un rapport de 146 pages digne d’un conte racontant l’histoire d’un pays imaginaire tant la majorité des informations s’y trouvant sont loin de la réalité..

Première lecture de ce conte

Si l’on écoute les médias, et qu’on lit le début de ce rapport sans chercher plus loin on conclut :

  • des salaires moyens de 3500 euros qui augmentent chaque année de 2%
  • une grille salariale qu’on monte rapidement juste par ancienneté
  • des facilités de circulation : places de train gratuites et illimitées pour toute la famille d’un cheminot au détriment des usagers comme si il y avait un nombre de place par train spécial cheminot
  • une médecine privée que pour eux, sans que ça leur coûte grand chose
  • des jours de congés à gogo
  • l’amour de la grève juste pour le plaisir de faire grève
  • des avantages logements
  • des primes juste pour remplir la fiche de paie sans réelle raison

En somme, une suite incroyable d’absurdité hors du réel.

Analysons tout ça

Avant de se faire une opinion, il est judicieux de lire ce rapport en entier, et de faire un travail de recherche et d’échanges avec les principaux concernés.

On constate dans un premier temps, l’énoncé de ce rapport :

 » La politique des ressources humaines constitue un enjeu majeur pour le groupe public ferroviaire (GPF), et ce pour trois raisons.

  • ouverture progressive à la concurrence
  • la fin du recrutement sous statut
  • passage en société anonyme dès janvier 2020 « 

Le rapport dit également :

Ces évolutions nécessitent des transformations profondes de politique des ressources humaines devant permettre une meilleure productivité du travail, une plus grande maîtrise de la masse salariale et une adaptation du modèle social historique.

Et ça continue : « Le groupe public ferroviaire mène depuis plusieurs années une politique de réduction d’emplois : rationalisation des fonctions administratives, externalisation des missions et travaux et utilisation de nouvelles technologies. En mots plus simple : plus de cadre, moins d’exécutant, de la sous-traitance à bas prix et plus de bornes que d’humains pour le coté commercial.

On lira également dans ce rapport :

Pour faire face à la concurrence et atteindre les objectifs de performance économique assignés par l’Etat, l’amélioration de la productivité du groupe public ferroviaire devra nécessairement passer par une renégociation de l’accord d’entreprise…

Déjà là, il est judicieux de se demander le but de ce rapport. Pour rappel il a pour titre : « Gestion des ressources humaines », à la vue des premiers éléments il aurait pu s’appeler : « Gagner plus à moindre coût ».

Il faut également soulever que ce rapport , qui sort étrangement à deux semaines d’une grève annoncée comme nationale, tombe à point nommé. Cela dit on note qu’il concerne les années 2012-2017 et oublie de prendre en compte toutes les mesures déjà mise en place depuis 2018. Il n’est donc pas très à jour.

Réduction d’effectifs

Entre 2012 et 2017, il y a eu une réduction d’effectifs de 6967 ETPT (effectif annuel à temps plein travaillé). Quand on regarde le tableau de ces réductions on constate amèrement que les principaux concernés sont les agents d’exécution (en gros ceux qui sont sur le terrain et gagnent le moins) mais il y a une légère augmentation des cadres. Et de plus ce dispositif de réduction a un coût puisque la majorité sont des départs volontaires moyennant une petite compensation financière.
Drôle de façon de faire des économies non ?

Polyvalence des salariés

Dans ce rapport, le manque de polyvalence des salariés est remis en cause également. En soit la polyvalence n’est pas une mauvaise chose. Mais là où ça pose des questions, c’est déjà sur la formation et les écarts de type de travail, par exemple un agent commercial n’a ni les compétences ni forcément l’envie de devenir conducteur ou technicien de maintenance et vice versa.

Et de plus, en ayant un peu enquêté sur le terrain, ceux qui ont plusieurs « cordes » à leur arc n’ont pas une augmentation de salaire pour autant. En résumé ils peuvent être assignés à différents postes en fonction des besoins mais pour le même prix.

Après c’est le cas de beaucoup de travailleurs me direz-vous, c’est devenu le mot à la mode « polyvalence » mais est ce parce que c’est devenu « normal » que cela l’est ? Que ce soit dans le privé ou dans le public, toutes nouvelles formations et donc nouvelles capacités ne devraient-elles pas mériter une plus-value financière ?

Grille salariale

Comme dans tout domaine il y a une grille salariale, avec des qualifications, des échelons, rien d’extraordinaire. Pourtant un fossé entre le conte et la réalité encore une fois, à les lire on pourrait comprendre que l’évolution au sein de la SNCF se fait naturellement sans mérite, sans formation. Cela est totalement faux. Comme dans toutes entreprises, il y a une grille salariale avec une partie (échelon) qu’on monte grâce à l’ancienneté mais aussi une partie (qualification) qu’on monte grâce à des formations et concours internes.

Il n’est pas noté, non plus, dans ce rapport qu’une majorité des postes qu’on atteint via concours ont soit été supprimés ou sont actuellement bouchés. On constate donc un réel manque de perspective dans cette filière mais non pas comme le soulève la cour des comptes par manque de méritocratie mais par manque de disponibilité.

C’est alors compréhensible que les gens se révoltent car dans leur entreprise les qualifications sont difficiles à atteindre et on leur fait croire que dans le groupe public ferroviaire c’est open-bar.

Rémunération

Comme beaucoup de citoyens lorsqu’on voit la grille de rémunération on se dit qu’on aurait devenir cheminots. Cependant une fois qu’on va voir dans le réel, et qu’on compare ce qui est dit et ce qu’il en est, une différence incroyable se produit et on se dit qu’ils sont pas mieux lotis que la majorité des salariés.

Plusieurs questions est-ce le traitement de base ou avec « primes » ? D’où viennent ces chiffres, car pour avoir eu des dizaines de fiches de paie en main afin de vérifier la véracité de ce genre de propos, le salaire moyen des agents d’exécution est plus proche du 1400-1500 net et ce avec prime, on est donc loin du 1800-1900 net.

Les primes et avantages

Prime de travail, indemnités de résidence, prime de fin d’année, astreinte, travail de nuit,… autant de noms que de ligne sur la feuille de paie qui mettent un flou sur les pseudos privilèges des cheminots.

Il faut savoir que le premier chiffre d’une fiche de paie cheminot est le traitement de base (ce qui sera pris en compte dans le calcul de la retraite). Ce chiffre peut étonnement parfois frôler le smic voit être légèrement en-dessous. Étonnant non pour des privilégiés ?

Par la suite il y a la prime de travail qui, rajoutée au traitement de base, fait le salaire de base. Il se calcule en fonction du poste occupé, c’est une grille tarifaire bien particulière.

Ensuite, indemnités de résidence c’est typique de la fonction publique, et ça permet de « compenser les différences du coût de la vie » c’est en fonction de la commune où le salarié travaille. C’est pas une prime très élevée et ça ne vaut pas les paniers repas ou tickets restaurants que certains salariés du privé ont.

Prime de fin d’année, en gros c’est un 13e mois, donc encore là une majorité des gens du privé l’ont, ça n’a rien d’extraordinaire, comme pour le prime astreinte ou travail de nuit.

On parle également des aides logements, comme dans certaines entreprises du privé qui ont le 1% logement.

Dans ce rapport, on parle beaucoup de la santé aussi, mais on n’oublie volontairement ou non de préciser qu’ils cotisent pour avoir leur prévoyance santé ou retraite, comme chaque salarié du privé cotise. De plus, il n’est pas dit non plus, que la mutuelle dites cheminots (par exemple mutuelle entrain, MFCF, MGC…) est à 100% à leur charge, pourtant dans le privé depuis quelques années il y a l’obligation de l’employeur de proposer une mutuelle de base financée 50% par lui et 50% par le salarié. Alors quoi, cela fait des salariés du privé des privilégiés ?

Pour finir avec ces « privilèges », il y a la facilité de circulation. Tout d’abord il faut expliquer que le prix d’un billet se divise en deux parties : le prix de réservation de la place et le prix du trajet. Elle consiste en quoi :

Agents actifs ou retraités : ils ont 8 trajets unique (pas forcément des aller/retour, tout dépend de quand ils font leur trajet, car une « case » est valable jusqu’au surlendemain 12h). Ces 8 trajets uniques comprennent : la gratuité sur le tarif réservation + sur le tarif du trajet. Une fois ces 8 trajets uniques utilisés, ils ont à charge uniquement le tarif réservation et le tarif trajet lui est gratuit. Et attention si ils désirent une place en première classe il y a un supplément à leur charge à payer.

Les ayants droits : Pour les enfants (jusqu’à 21 ans) et les conjoints (sous conditions c’est pas juste la ou le petit copain du moment, faut prouver qu’ils vivent en concubinage depuis un certain temps) c’est le même principe que pour les agents à part qu’eux c’est pas la gratuité du tarif du trajet mais une réduction de 90% du billet.

Les ascendants : C’est uniquement 4 trajets unique par an.

Le chiffre de « déficit » annoncé par la cour des comptes est de 220 millions pour 1 million 4 de bénéficiaire, soit à peu près 157 euros par personne. Déjà on ignore d’où est basé ce calcul, puisque la cour elle-même montre du doigt le fait qu’il n’y a pas de suivi de l’utilisation de cette facilité de circulation. De plus, dans certaines entreprises privés, il y a des chèques cadeaux, chèques vacances, donc ce n’est rien d’extraordinaire non plus, c’est une équivalence à des avantages que d’autres perçoivent.

Pour rappel, d’autres personnes bénéficient de la gratuité des transports sans aucun contrôle non plus avec pourtant des salaires qui leur permettraient de payer leur trajet ce sont nos députés…

À titre indicatif, la cour des comptes coûtent aux citoyens 214 millions par an, pour 1840 salariés.. faites le calcul.. Il serait peut être intéressant d’avoir un rapport sur ce sujet non ?

Absentéisme, syndicat

Nous ne nous attarderons pas sur les autres sujets soulevés dans ce rapport, mais c’est bien la première fois qu’on reproche à des syndicats de faire leur travail en défendant l’intérêt des salariés, et qu’il a été pour contrer ça un CSE (comité sociaux et économiques) pour soit disant permettre le dialogue. Celui-ci a été créé (pour rappel le rapport n’est pas à jour) et on voit le résultat…

Et concernant l’absentéisme, à la vue du tableau présenté en analyse des chiffres, on voit que les plus touchés sont ceux en rapport direct avec les usagers. Par conséquence, quand on sait l’acharnement à les faire détester par les citoyens, faut pas s’étonner après qu’ils aient des absences bien souvent liés à des agressions ou de la dépression. Il y a un moment il faut sortir des tableaux et se rendre compte que derrière ce sont des êtres humains.

Mettons les choses au clair

Il n’est pas question dans cet article de plaindre les cheminots, loin de là, chaque métier a des avantages et des inconvénients.

Cela dit, il semblait important de remettre les faits dans le réel. Cela fait des décennies, que les cheminots servent à la politique de la division, c’est bien plus simple de diriger la colère vers eux que vers les vraies problématiques de notre société.

Avec notre média, nous essayons d’être le plus objectif possible, de se baser sur des faits. Maintenant il ne faut pas se leurrer, l’objectivité complète est impossible, car de part nos vies, nos parcours, on a toujours des positions personnelles.

Il n’est donc pas question ici de dire : « ceci est une vérité absolue », très loin de nous cette idée. Cet article est surtout là pour vous dire, chacun va vendre sa vérité, certains avec plus de moyens que d’autres, et par manque de temps, d’envie, bien souvent on ne va pas chercher à vérifier les propos. De plus, pourquoi remettrions-nous en cause ces derniers ? Pourtant, il est primordial pour se faire une opinion d’avoir toutes les données. On a tous été un jour confronté à un jugement sans fondement, tous victime un jour d’un mensonge, aujourd’hui il est important de ne pas reproduire ce genre de comportement.

C’est pourquoi, cet article finira sur un avis personnel, on a tous le droit de ne pas être d’accord, tous le droit d’être pour ou contre un sujet, cependant il est plus sage de se renseigner sur ce dernier un minimum, au lieu de croire ce qu’il en est dit comme si c’était parole d’évangile car aujourd’hui c’est eux, mais demain ça pourrait être vous.